Charpente en bois 2 pentes : étapes, calculs et conseils de construction

comment faire une charpente en bois 2 pentes

Une charpente à deux pans, c’est l’ossature qui tient tout. Pourtant, beaucoup de particuliers abordent ce chantier sans mesurer l’écart entre regarder un toit et en construire un. Voici ce que vous devez savoir avant de poser la première ferme.

Quelle est la structure d’une charpente à 2 pentes?

Une charpente à deux pentes repose sur un principe simple : une structure triangulaire qui transforme les charges verticales (neige, vent, poids de la couverture) en efforts horizontaux repris par les murs. Elle se compose de plusieurs éléments distincts, chacun ayant un rôle précis.

  • Les fermes : triangles porteurs placés tous les 60 à 80 cm, qui constituent le squelette de la charpente. Chaque ferme comprend deux arbalétriers (les pièces inclinées), un entrait (la pièce horizontale basse) et souvent un poinçon central vertical.
  • Les pannes : pièces horizontales posées perpendiculairement aux fermes, qui relient celles-ci entre elles et servent d’appui aux chevrons. On distingue la panne faîtière (au sommet), les pannes intermédiaires et les pannes sablières (en bas de pente).
  • Les chevrons : pièces inclinées posées sur les pannes, qui supportent directement le voligeage, puis la couverture.
  • Le faîtage : pièce de bois ou ridge board placée au sommet, sur laquelle viennent buter les arbalétriers des deux pans.

Ce type de charpente domine la construction en France pour des raisons très pratiques : elle est rapide à assembler, compatible avec la quasi-totalité des matériaux de couverture, et adaptable à toutes les largeurs de bâtiment. Des maisons individuelles aux abris agricoles, elle reste la référence. Pour une vue d’ensemble sur les matériaux et les étapes générales d’une charpente en bois, les bases sont identiques quelle que soit la forme du toit.

Quelle pente choisir selon la zone géographique et le matériau de couverture?

La pente n’est pas un choix esthétique. Elle découle du matériau de couverture, de la région et parfois d’une obligation réglementaire locale. Se tromper ici, c’est s’exposer à des infiltrations ou à un refus de permis de construire.

En règle générale, un angle compris entre 25° et 45° convient à la majorité des situations en France métropolitaine. Mais les DTU fixent des minima par matériau que vous ne pouvez pas ignorer :

Matériau de couverture Pente minimale
Tuile terre cuite ou béton 13 % à 45 %
Ardoise 26 %
Zinc 5 % à 20 %
Bac acier nervuré 7 % (DTU 40.35)
Bac acier joint debout 3 % sous conditions
Chaume 35 % à 45 %

En zone de montagne, la contrainte est différente : la neige doit pouvoir glisser. Une pente de 40° à 60° est souvent obligatoire selon le PLU local. Sur le littoral atlantique et breton, la norme NV 65 révisée en 2025 impose un angle minimal de 30° pour résister aux vents chargés en sel. Consultez toujours le PLU de votre commune avant de figer l’angle.

Comment calculer la surface et les dimensions d’une charpente à 2 pentes?

Deux formules sont à connaître. La première exprime la pente en pourcentage, la seconde en degrés – les deux sont utiles selon l’interlocuteur (DTU vs. charpentier).

  • Pente en % : P = 100 × H / L (H = hauteur du pignon, L = demi-largeur du bâtiment)
  • Pente en degrés : P = ATAN(H / L) × (180 / π)

La longueur de l’arbalétrier – la pièce inclinée de chaque pan – se calcule ainsi : longueur = (largeur hors tout / 2) / cos(angle). Prenons un exemple concret : pour une maison de 8 m de large avec une pente à 35°, on obtient 4 / cos(35°) ≈ 4,88 m par arbalétrier.

La surface totale des deux pans s’obtient en multipliant cette longueur par la longueur du bâtiment, puis par 2. Pour une maison de 8 m × 10 m à 35° : 4,88 × 10 × 2 = 97,6 m² de surface de toiture. Ce chiffre sert à commander les matériaux de couverture avec une marge de 10 % minimum. Le plan de charpente se dessine à l’échelle 1/20e : à cette échelle, 1 cm sur le papier correspond à 20 cm en réel.

Les 9 étapes de construction d’une charpente en bois 2 pentes

  1. Établir le plan à l’échelle 1/20e : tracé des fermes, positionnement des pannes, calcul des sections selon l’Eurocode 5.
  2. Choisir et réceptionner le bois : vérifier le taux d’humidité (22 % max), l’essence et le classement résistance (C18, C24).
  3. Tailler les pièces : découpe des arbalétriers à l’angle de pente exact, taille des entraits, perçage pour les boulons.
  4. Assembler les fermes au sol : assemblage à plat avec des connecteurs métalliques ou des mortaises, avant levage. C’est plus sûr et plus précis.
  5. Poser les sablières : fixation des pannes basses sur les murs ou les poutres de rive, niveau au laser obligatoire.
  6. Lever et plomber les fermes : une par une, maintenues provisoirement par des étrésillons, puis vérifiées à l’aplomb.
  7. Poser les pannes intermédiaires : clouage ou boulonnage sur les arbalétriers, entraxe selon les charges et le matériau de couverture.
  8. Installer le faîtage : pièce posée en dernier sur les poinçons, elle solidarise l’ensemble.
  9. Poser les chevrons et le voligeage : clouage des chevrons sur les pannes (entraxe 40 à 60 cm selon les charges), puis voligeage qui recevra la couverture.

Le respect des débords de toit fait partie intégrante de cette phase : un débord sous-dimensionné expose les façades aux ruissellements.

Normes et qualité du bois : ce que le DTU 31.1 impose vraiment

Le DTU 31.1 encadre la conception et la mise en œuvre des charpentes en bois. Ce n’est pas un simple guide de bonnes pratiques : ses prescriptions engagent la responsabilité décennale du constructeur.

Le taux d’humidité maximal du bois est fixé à 22 %. Au-delà, le bois travaille, se déforme et peut pourrir en quelques années si la ventilation est insuffisante. Sur chantier, un humidimètre à pointe coûte moins de 50 € et évite des déconvenues coûteuses.

  • Sections minimales des chevrons : 38 × 63 mm pour les portées courantes, mais les calculs Eurocode 5 peuvent imposer des sections supérieures selon la charge de neige locale.
  • Traitement du bois : classe d’emploi 2 minimum pour les pièces en charpente sous abri, classe 3 pour les pièces exposées aux reprises d’humidité (débords, abouts).
  • Assemblages : boulonnerie zinguée ou inoxydable obligatoire, connecteurs conformes à la norme NF EN 14545.

Un bois hors norme – trop humide, sous-dimensionné ou non traité – peut provoquer des fissurations des murs porteurs par poussée non maîtrisée, voire un effondrement partiel en cas de surcharge neigeuse. Les assureurs ne couvrent pas les sinistres issus d’une mise en œuvre non conforme au DTU.

Peut-on construire sa charpente soi-même?

Oui, sous conditions. Un particulier habile, disposant d’une bonne expérience en menuiserie et de notions de calcul de structure, peut assembler une charpente simple sur une petite maison ou une dépendance. La réalité du terrain impose cependant quelques limites claires.

L’outillage minimal comprend : scie circulaire sur table, scie à onglet radiale, visseuse à percussion, niveau laser, sangle de levage et échafaudage conforme. Sans échafaudage réglementaire, le risque de chute est majeur – et non couvert par une assurance classique en cas d’accident.

Sur le plan légal, aucun texte n’interdit l’autoconstruction d’une charpente pour un usage personnel. Mais si vous dépassez 150 m² de surface de plancher, un architecte doit signer les plans – et il n’acceptera généralement pas de valider une charpente non calculée par un bureau d’études.

Le recours à un charpentier professionnel s’impose dès que la portée dépasse 8 m, que la neige est importante (zones montagne), ou que la charpente supporte des charges atypiques (panneaux solaires, terrasse accessible). Sur une maison principale, la garantie décennale d’un professionnel vaut le coût de son intervention.

Quel est le prix au m² d’une charpente traditionnelle à 2 pans?

Pour une charpente traditionnelle à deux pentes, le budget tourne entre 50 et 120 € par m² de surface de toiture, pose comprise, en 2024-2025. Cette fourchette large s’explique par plusieurs variables.

  • L’essence de bois : le sapin du nord (résineux importé) reste l’option la moins chère. Le chêne ou le mélèze coûtent 30 à 50 % de plus, mais offrent une durée de vie significativement plus longue.
  • La complexité : un toit simple à deux pans symétriques sur plan rectangulaire est le cas le plus économique. Dès qu’il y a des noues, des lucarnes ou des arêtes, le tarif grimpe.
  • La région : les tarifs de main-d’œuvre en Île-de-France ou PACA dépassent de 20 à 30 % ceux pratiqués dans le Grand-Est ou la Nouvelle-Aquitaine.
  • Le choix charpente industrielle vs. traditionnelle : une charpente fermettes (industrielle) coûte 30 à 60 € / m², mais n’offre pas de combles aménageables.

Pour comparer des devis, exigez le détail des sections de bois, l’essence, le classement résistance et le traitement appliqué. Un devis qui ne mentionne pas ces éléments laisse la porte ouverte à des matériaux sous-dimensionnés. La durée de vie de votre couverture dépend en partie de la qualité de la charpente qui la porte – économiser sur l’ossature pour gagner quelques euros au m² est rarement un bon calcul sur 30 ans.

Une charpente bien calculée, construite dans les règles, dure plus longtemps que la maison qu’elle protège. C’est peut-être la seule partie du bâtiment dont on peut dire ça.